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Caves de Champagne
Caves de Champagne © ©Michel Jolyot

Est-ce que les mots “caves”, “crayères” et “souterrains” vous titillent ? Alors la Champagne est pour vous une terre d’aventure. Si le prestigieux vin effervescent a construit un paysage en surface, il a aussi généré un vaste réseau en sous-sol. Pour mieux connaître ces espaces et les protéger, la Mission Coteaux, Maisons et Caves de Champagne lance le projet Cellars, avec l’Université de Reims Champagne-Ardenne. L’objectif est de faire en cinq ans un inventaire des caves et de diffuser les connaissances grâce à des images et vidéos 3D.

La Champagne, un paysage vertical

Paysage souterrain, champagne

©Michel Jolyot

Quand on pense à la Champagne, on voit ces coteaux plantés de vignes, d’où émergent arbres et villages, et dont les pentes glissent doucement jusqu’à la Marne. Pourtant, le regard ne permet d’embrasser qu’une partie du paysage. Pour découvrir l’autre moitié, tout aussi importante dans l’élaboration du champagne, il faut descendre sous terre. Toute la région de production du champagne est en effet creusée de caves. On estime que les galeries atteignent entre 300 et 500 km. Un chiffre impressionnant, qui s’explique par l’histoire et la géologie. Amandine Crépin, directrice de la Mission Coteaux, Maisons et Caves de Champagne, raconte que les creusements dans la craie ont commencé à l’époque gallo-romaine, pour extraire de la pierre de construction. Ils se sont poursuivis au Moyen-Âge, notamment pour produire de la chaux et se sont intensifiés au 19e siècle, au moment où la demande de champagne s’est accentuée. Pourquoi ? “La bulle du champagne naît dans la cave, lors de la deuxième fermentation”, précise Amandine Crépin. L’augmentation de la production s’est donc accompagnée de la création de nouveaux espaces souterrains, pour stocker les bouteilles et assurer le vieillissement, à l’abri des variations de température.

Un sous-sol de Champagne à mieux connaître

Numérisation d'un paysage souterrain de Champagne

©IGECAV

Toute cette histoire a créé en Champagne un paysage vertical, inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 2015. Pour Amandine Crépin, “C’est assez spectaculaire, on a l’impression d’avoir des pyramides d’Égypte sous nos pieds”. Et pour mieux l’appréhender, un grand programme de numérisation des caves en 3D, baptisé Cellars, a été lancé. Le géologue Gilles Fronteau, maître de conférences à l’Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA), en assure la coordination scientifique : “ C’est un projet avec deux volets. Le premier concerne la préservation du patrimoine souterrain et le deuxième sa révélation au plus grand nombre”.

Numérisation d'un réseau de caves en Champagne

©IGECAV

Ces envies ont émergé lorsque la Mission a édité un guide de conservation des caves, à destination des propriétaires. Lors d’une présentation, la maison Moët et Chandon a expliqué avoir numérisé ses caves. Amandine Crépin se souvient : “Ils nous ont dit que cela les aidait grandement dans la compréhension des flux souterrains, pour la planification de travaux et pour faire le lien entre ce qui se passe sous terre et à la surface. On a vu les images et on s’est dit que ce serait formidable de numériser les différentes typologies de caves”.

Numériser la diversité des caves de Champagne

Caves de Champagne

©Michel Jolyot

Si numériser l’ensemble du réseau relève du travail de titan, Gilles Fronteau veut sélectionner quarante sites représentatifs de la diversité des caves : “Les caves de la vallée de la Marne sont probablement différentes de celles d’Epernay ou de Reims. Il y a aussi des caves creusées dans une roche un peu plus argileuse ou encore des caves voûtées médiévales et d’autres plus récentes”. En agrégeant des données déjà connues et en enregistrant de nouvelles, le géologue dit vouloir produire un catalogue numérique.

Au cours de ce travail, les équipes de Cellars aimeraient mettre en évidence le réseau complexe sur plusieurs niveaux et son évolution dans le temps. “Avec le développement du champagne, le réseau précédent a été retravaillé. Certaines zones ont été en partie comblées, d’autres ont été en partie recreusées, tandis que des tunnels de communication ont été faits. C’est quelque chose qu’on connaît assez mal en trois dimensions”, souligne Gilles Fronteau.

Dans cette grande entreprise, l’enseignant-chercheur souhaite également rendre compte des multiples traces qui témoignent de la vie sous terre. Des éléments qu’Amandine Crépin trouve particulièrement émouvants : “Ces endroits ont beaucoup servi d’abri pendant les guerres. Des garnisons dormaient là entre les montées sur les tranchées et les pauses. On voit aussi encore des inscriptions pour localiser les infirmeries ou les écoles en cave. On a l’impression de parcourir l’histoire”.

Des outils pour les maisons de champagne et les décideurs

Paysage souterrain de Champagne

©IGECAV

Dans ce grand réseau de caves, certaines sont toujours des lieux de travail, tandis que d’autres sont désaffectées. Un certain nombre se visite également dans le cadre de parcours d’œnotourisme. Le projet Cellars vise à fournir des données utilisables, pour accompagner l’activité économique. “Leur outil de travail est un élément de patrimoine et il faut le gérer comme tel, pour cela nous leur donnons des clés de conservation”, précise Amandine Crépin.

Pour les acteurs locaux, ces données pourront être une aide à la décision. “Quand on fait des travaux en surface, un immeuble ou une nouvelle canalisation, cela peut avoir des impacts sur le sous-sol. On aimerait donc réfléchir à un outil de cartographie, qui permettrait d’alerter sur la présence à tel endroit d’un réseau souterrain”, précise Gilles Fronteau.

En parallèle de la numérisation en 3D des caves, le géologue ambitionne d’en apprendre davantage sur les variations de température et d’humidité auxquelles sont soumises les caves de champagne. L’idée serait de placer des capteurs et d’accumuler des données sur plusieurs années. De quoi mieux comprendre les effets du changement climatique sur ces espaces souterrains et formuler des scénarios de long terme.

Sensibiliser les habitants de la Champagne

Cave de Champagne

©Michel Jolyot

Grâce à ce projet Cellars, le grand public pourra enfin visualiser l’ampleur et la richesse du réseau souterrain. “La numérisation 3D permet de faire des jumeaux numériques, pour les montrer au plus grand nombre”, précise Gilles Fronteau. En attendant que ces numérisations 3D soient disponibles, le grand public peut toujours faire l’expérience sensorielle de certaines caves ouvertes aux visiteurs : “Quand on descend, on se retrouve dans un endroit très calme. Il y a une odeur de vin et parfois on entend des gouttes d’eau ou de bouteilles que l’on retourne. C’est vraiment un endroit hors du temps”, détaille Amandine Crépin.

De son côté, Gilles Fronteau espère créer un engouement autour de ce paysage vertical champenois. “En Champagne, il n’y a pas de déconnexion entre la surface et le sous-sol. Les caves, les coteaux et les maisons forment un tout”, insiste-t-il, lui qui se dit fasciné par la manière dont les humains s’adaptent aux contraintes de leur environnement. Le géologue se dit aussi convaincu que “produire un grand effet waouh est la première brique pour éveiller une sensibilité”. Rendez-vous donc dans 5 ans, à la fin du projet Cellars, pour déambuler virtuellement dans le sous-sol champenois.

 

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