Le patrimoine mondial
Face à la menace de disparition des temples de Nubie en 1959, l’UNESCO initie une mobilisation internationale inédite, révélant l’idée d’un patrimoine universel à protéger collectivement. Cette prise de conscience aboutit à la Convention du patrimoine mondial (1972) qui reconnaît la valeur exceptionnelle de certains biens culturels et naturels.
La Convention du patrimoine mondial
A travers cette convention, l’UNESCO œuvre à la reconnaissance, la protection et la transmission de ce patrimoine ayant une valeur exceptionnelle pour l’humanité. La Convention du patrimoine mondial défend l’idée qu’il existe un patrimoine commun à tous et que ce patrimoine universel est l’un des supports possibles du dialogue interculturel nécessaire au maintien de la paix. La France a ratifié cette convention en 1975, affirmant son engagement en faveur de ces enjeux fondamentaux.

Emmanuel Pivard
La protection pérenne des biens inscrits est un enjeu majeur pour la communauté internationale. Elle repose sur une gestion rigoureuse et partagée, en lien avec les valeurs portées par la Convention du patrimoine mondial.
La Valeur Universelle Exceptionnelle (VUE)
Chaque site a été inscrit en raison de sa valeur universelle exceptionnelle, notion centrale du patrimoine mondial. Elle désigne les biens culturels ou naturels dont l’importance est telle qu’elle dépasse les frontières nationales et revêt un caractère inestimable pour l’ensemble de l’humanité, pour les générations actuelles et futures de l’ensemble de l’humanité.
Les critères de l'inscription
La reconnaissance d’une valeur universelle exceptionnelle repose sur une série de critères définis par le Comité du patrimoine mondial. Un bien doit satisfaire à au moins un des critères suivants pour prétendre à l’inscription :
Critères culturels
- i Représenter un chef-d’oeuvre du génie créateur humain.
- ii Témoigner d’un échange d’influences considérable pendant une période donnée ou dans une aire culturelle déterminée, sur le développement de l’architecture ou de la technologie, des arts monumentaux, de la planification des villes ou de la création de paysages.
- iii Apporter un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue.
- iv Offrir un exemple éminent d’un type de construction ou d’ensemble architectural ou technologique ou de paysage illustrant une ou des périodes significatives de l’histoire humaine.
- v Être un exemple éminent d’établissement humain traditionnel, de l’utilisation traditionnelle du territoire ou de la mer, qui soit représentatif d’une culture (ou de cultures), ou de l’interaction humaine avec l’environnement, spécialement quand celui-ci est devenu vulnérable sous l’impact d’une mutation irréversible.
- vi Être directement ou matériellement associé à des événements ou des traditions vivantes, des idées, des croyances ou des œuvres artistiques et littéraires ayant une signification universelle exceptionnelle (le Comité considère que ce critère doit préférablement être utilisé en conjonction avec d’autres critères).
Critères naturels
- vii Représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles.
- viii Être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d’éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification.
- ix Être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes et communautés de plantes et d’animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins.
- x Contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une Valeur Universelle Exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation.
Le processus d’inscription
Pour qu’un bien soit inscrit sur la Liste du patrimoine mondial, il doit d’abord figurer sur une liste indicative nationale, puis faire l’objet d’un dossier scientifique rigoureux déposé officiellement par l’Etat auprès de l’UNESCO. Ce dossier est ensuite examiné par les organisations consultatives de l’UNESCO, avant une décision finale du Comité du patrimoine mondial.
Il revient au Comité du patrimoine mondial de garantir une représentativité plus équilibrée de la Liste, en termes géographiques, culturels et typologiques, conformément aux principes de diversité et d’universalité de la Convention.
Attention aux idées reçues
L’inscription d’un bien sur la Liste du patrimoine mondial n’est ni label touristique ni une manne financière, mais une reconnaissance culturelle majeure engageant les États et les gestionnaires à préserver le bien sur le long terme.
Une inscription sur la Liste du patrimoine mondial n’est pas définitive. Le Comité du patrimoine mondial peut décider de retirer un bien de la Liste, s’il considère qu’il a perdu les caractéristiques qui lui ont valu d’être inscrit.
Le patrimoine mondial, bien qu’emblématique, n’est pas le seul programme de l’UNESCO, il en existe d’autres, comme le patrimoine immatériel, les réserves de biosphère, Mémoires du Monde.